Ordures (Sopor)
Nordiska Museet, Stockholm (Suède)

18.02 - 25.09.2011



























































































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Article publié par www.lematin.ch le 23.02.2011


L'exposition Ordures du Nordiska Museet de Stockholm tire une découverte: nos déchets racontent une histoire, au croisement de l’ethnologie, de l’écologie et même des sentiments.


Pas de Joconde, mais une vieille brique de lait vide... En se penchant dans nos poubelles, l’exposition "Ordures" du Nordiska Museet de Stockholm en tire une découverte: nos déchets racontent une histoire, au croisement de l’ethnologie, de l’écologie et même des sentiments.


"Nous sommes des ethnologues et nous nous intéressons à la façon dont vivent les gens, et nous avons trouvé ça intéressant de savoir comment ils se comportaient devant leur poubelle", s’amuse Christina Matsson, la directrice du musée du centre de Stockholm, qui ouvre ses portes à une petite exposition sur le sujet.


Premier constat: les époques en matière d’ordures ont bien changé.

Ici, un pantalon de jute du XVIIIe siècle usé, cousu, recousu, reprisé, rafistolé jusqu’à enfin être reconverti pour servir à isoler une cloison.

Là, un jean de 2010 d’une marque suédoise branchée, industriellement "préusé" et déchiré avec un avertissement de vente sur le produit "neuf": "Half the life but double the look" (Dure moitié moins, mais avec deux fois plus de classe).

Effet de contraste encore pour cette antique et bien modeste poupée de Laponie confectionnée avec un simple fichu rouge et un vieux rideau fatigué. Un chiffre éclaire en légende: les petits Suédois d’aujourd’hui ont en moyenne 536 jouets au cours de leur enfance...

Serviettes hygiéniques en coton, porcelaine raccommodée avec des agrafes métalliques, tapis et catogans fabriqués avec des chutes de tissus: recycleurs avant l’heure, les misérables XVIIIe et le XIXe siècle auraient-ils été plus... Écologiques?


"Ce que nous voulions montrer, c’est qu’à cette époque, rien ou presque n’était un déchet", explique Lena Landerberg, la commissaire de l’exposition.


A partir de 1920, et jusqu’au début des années 80, vient alors l’ère du "vide-ordures", quand tout est jeté en vrac, jusqu’à ce que l’écologie amène à un changement de mentalité, avec le développement du sac poubelle qui n’a commencé qu’à la fin des années 60, puis du tri sélectif.

Aujourd’hui, chaque Suédois jette environ une demi-tonne de déchets chaque année (cela reste trois fois moins qu’un Américain), en comptant la "production" de son domicile.
















































































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Ordures (Sopor), Nordiska Museet, Stockholm

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Exposition du 18 février au 25 septembre 2011. Nordiska Museet, Djurgardsvägen 6-16 - Box 2782 - 11593 Stockholm (Suède). Tél.: +46 (0)8 51 95 46 00. Ouverture du lundi au vendredi de 10h à 16h, samedi et dimanche de 11h à 17h. Nocturne le mercredi jusqu'à 20h.








Vue de l'exposition Ordures (Sopor). Photo Mats Landin © Nordiska museet

Vue de l'exposition Ordures (Sopor). Photo Mats Landin © Nordiska museet


"Notre objectif est de pousser les gens à réfléchir. On ne veut pas montrer du doigt. Les gens se posent beaucoup de questions et beaucoup cherchent à avoir une attitude écologiquement responsable", plaide l’ethologue Erik Ottosson-Truvalla. Après avoir interviewé et observé plusieurs personnes en train de jeter leurs détritus, il préfère souligner "les sentiments" qui nous lient à ces objets dont nous nous débarrassons plus ou moins consciemment. "Dans les centres de recyclage, il est ainsi fréquent qu’on entrepose les trouvailles de la journée. C’est comme une petite pause avant de les détruire, on improvise une exposition temporaire, en quelque sorte", raconte-t-il.


"Il y a des questions difficiles", remarque pour sa part Lena Landerberg. "Pourquoi gardons-nous, pourquoi jetons-nous? Pourquoi un déchet pour l’un n’en est pas un pour l’autre? L’ordure, souvent, est une question de point de vue".